La télé-thérapie: Mieux que la thérapie en présentiel pour nos jeunes TDA/H avec anxiété ou opposition?

La télé-thérapie: utile et efficace pour l’ensemble des clients… et peut-être mieux qu’en présentiel pour nos jeunes TDA/H avec anxiété ou opposition.

Dre Diane Dulude, 05583-89

Psychologue pour Enfants/Familles/Couples

Spécialisée en relations, TDA/H, concept de soi et en résilience, elle est l’auteure de livres novateurs sur le TDA/H, pratique en privée et donne des conférences

16 mars 2020 : «Toutes les écoles sont fermées pour deux semaines …Tous les lieux publics jugés non essentiels sont fermés jusqu’à nouvel ordre…»,  30 mars 2020: «Sur le pied de guerre pour produire des masques»,  Santé Publique: «Coronavirus, restez espacés d’au moins un mètre…deux mètres…Portez un masque, désinfectez, restez chez vous…Confinement»…Covid-19: un nouveau quotidien à investir, un mode de pratique à redéfinir, à enrichir. «On voudrait poursuivre le travail commencé avant le confinement/ amorcer une démarche- thérapie verbale, thérapie par le jeu, thérapie familiale, conjugale, guidance relationnelle ou parentale- ça se fait en ligne? Et ça fonctionne?» Ce nouveau contexte de travail, il a fallu l’accueillir avec ouverture et curiosité. J’arrivais à imaginer sans trop de difficulté les suivis en mode verbal en télétravail. Mais comment réussir à pratiquer la thérapie par le jeu en ligne? Ou encore la thérapie familiale? Accueillant familles, couples, et enfants dont plusieurs avec problématiques de TDA/H avec anxiété ou opposition, cette question tourbillonnait dans ma tête.  Puis l’essence de la thérapie, l’alliance thérapeutique, m’est revenue en tête. «Je devais écouter, faire preuve de modestie et d’authenticité et ne pas hésiter à aller puiser dans ma créativité et dans celles de mes clients afin de façonner un espace de travail thérapeutique chaleureux et rassurant à travers l’écran.»  Au fil des suivis, j’ai non seulement constaté que les clients bénéficiaient des séances de télé-thérapie mais que certains clients présentaient même une évolution plus marquée qu’en présentiel en ce qui a trait aux objectifs visés, soit la clientèle TDA/H avec anxiété ou opposition. Nous présenterons ici ces observations et traiterons plus spécifiquement de nos clients avec TDA/H, anxiété ou opposition pour qui la télé-thérapie semble en soit avoir des bénéfices inattendus.

L’écran magique

Le TDA/H est un trouble neurodévelopmental se caractérisant par d’importantes manifestations d’inattention, d’impulsivité et d’agitation. Ceci alimentait nos inquiétudes quant à la possibilité de travailler efficacement en télétravail avec cette clientèle. Cette problématique étant aussi souvent accompagnée de comorbidités comme l’anxiété et l’opposition, nous nous questionnions sérieusement sur la possibilité d’établir le même type d’alliance et de fournir le même type de soutien qu’en présentiel. J’ai non seulement constaté que la télé-thérapie pouvait bien fonctionner pour eux, mais j’ai été littéralement renversée par l’évolution positive et rapide -voir même plus rapide qu’en présentiel- quant à leur capacité d’attention, de régulation affective et de collaboration participative. Parents, professeurs et autres intervenants dans le plan d’intervention ont aussi pu noter un bien être général et un sentiment de compétence accrus chez ces clients.

Ce constat je l’ai fait non pas pour un ou deux clients affectés par un TDA/H mais bien pour six des sept jeunes que je suivais qui affichaient un tel portrait clinique. Plusieurs collègues avec qui j’ai discuté, ont aussi observé de tels bienfaits avec leurs clientèles anxieuses. Comment comprendre ces observations? Comment en tirer profit dans le futur. La télé-thérapie serait-elle mieux que la thérapie en présentiel à certaines étapes du travail thérapeutique avec cette clientèle?

La recherche a connu au cours des dernières années des avancées substantielles.

On sait aujourd’hui que le concept de soi des personnes confrontées au TDA/H tend à être diffus (Epstein et al., 2000). Ceci implique des frontières interpersonnelles très souples/diffuses et donc une vulnérabilité à la décentration par leurs émotions ou l’extérieur (Anderson et Sabatelli, 1990; Bowen, 1978; Mahler, Pine et Bergman; 1975; Mendelson, 1978). Cette souplesse des frontières permet également de percevoir les atmosphères, d’avoir un processus de pensée très rapide, de réfléchir hors du cadre/avec créativité, toutes des forces peu investies dans l’approche conventionnelle du TDA/H (Dulude, 2014). Le type d’intervention peut aussi favoriser la réorganisation cérébrale plutôt que la compensation (Masson, 2013). Pour favoriser cette résilience, on sait maintenant qu’il est très important de cibler le concept de soi et le pouvoir personnel du jeune  (Donnon et Lemay; 2003).  Enfin, les études en neurosciences indiquent que pour permettre la réorganisation cérébrale et des changements en profondeur durables, il faut ancrer le travail thérapeutique dans un travail relationnel et affectif, principal levier de changement (Dobbs, 2011; Shore, 2008).

L’approche utilisée avec notre clientèle TDA/H, anxieuse ou opposante, est celle du TDA/H, une force à rééquilibrer, se situant dans le prolongement de ces recherches. On travaille le TDA/H, à travers quatre sphères indirectes de travail soit, le développement d’un concept de soi positif, la clarification des frontières, la régulation affective et, la réappropriation du pouvoir personnel (Dulude, 2014). En travaillant ces sphères, nous avons observé depuis plus de cinq ans, des résultats impressionnants et durables à moyen termes en présentiel quant aux capacités d’attention, de régulation affective et de collaboration vs d’opposition des jeunes suivis. En télé-pratique, tel que nous le décrirons ci-après, l’écran permet d’investir ces sphères de travail plus concrètement et exige un travail relationnel régulier. Ceci pourrait expliquer les évolutions  marquées observées.au niveau des symptômes du TDA/H avec anxiété ou opposition.

1.Concept de soi. Les enfants affectés par un TDA/H ont souvent développé à travers leurs expériences et leurs contacts sociaux, une estime fragile d’eux-mêmes. Lorsqu’ils arrivent à nos bureaux, ils ont été observés, scrutés, vus, et revus plus d’une fois. Parents, professeurs, médecins, et autres intervenants se sont demandé ce qui se passait, se sont inquiétés… Encore plus peut-être dans le contexte dérangeant d’un TDA/H avec hyperactivité, impulsivité, anxiété ou opposition. Les jeunes se sentent souvent différents, moins intelligents. Le contexte de confinement, lié au télétravail, leur a donné l’occasion d’être davantage comme tout le monde…«Je ne vais pas à la clinique pour me faire soigner, Diane vient chez moi pour jouer. Viens voir ma chambre, ma salle de jeu… Regarde mes Legos, mon affiche d’Hermione Granger -Emma Watson- dans Harry Potter».

Avec la pandémie, tout le monde se trouvait investit vers un même but: aplatir la courbe. Se protéger les uns, les autres de la propagation du virus. Ensemble. «Ça va bien aller!» Il fallait se mobiliser rapidement, chacun s’adapter à une nouvelle façon d’entrer en contact avec l’environnement de travail, de thérapie, l’école ou la famille. Le sentiment d’appartenance manquant douloureusement si souvent aux jeunes affectés d’un TDA/H, ainsi que la possibilité de faire ses preuves dans un contexte où personne n’a d’expérience paraissent avoir favorisé un changement positif en ce qui concerne l’image du jeune TDA/H, et ce tant chez lui que dans son environnement.  Le jeune découvrait combien il était doté de capacités utiles et à ce jour ignorées. «Moi, une TDA/H, désorganisée… en quelques jours à peine, j’ai apprivoisé Facetime; Messenger Kid, Google Meet et Zoom…sans jamais y avoir été préparée.» Ceci nous donnait, en tant qu’intervenant, l’occasion de souligner cette capacité impressionnante d’adaptation chez l’enfant et de faire briller ses yeux. Voir la psy avoir par moment de la difficulté avec la plate-forme de travail, essayer elle-même de s’ajuster. La voir faire appel à soi pour recréer le cadre de travail par le jeu… «Avec quels jeux? Quelles figurines?» …Voir que l’approximation successive est l’affaire de tous. Se sentir appartenir et réaliser que ses habiletés créatives peuvent être des plus utiles dans des contextes où tous ont à se débrouiller. Laisser enfin l’identité de Déficit derrière soi et se redécouvrir, en même temps que tous, à travers la nouvelle réalité, le nouveau quotidien. TDA/H? Non. Pompon Radar! Pompon Radar, Tirer profit de son profil de personnalité TDA/H! (Dulude, 2020)

Attention image de soi en développement. Quelques anecdotes rappellent ici la fragilité des personnes en cheminement face au TDA/H et l’importance de garder en tête le rôle de la réparation du concept de soi dans ce soutien. Ainsi, face au succès d’une petite cliente à mieux gérer son attention et son organisation en temps de confinement et de télétravail, une enseignante a, sans s’en rendre compte sûrement, invalidé les efforts de la jeune et fait taire sa fierté de réussite. En effet, face à l’efficacité de la jeune à bien remplir ses tâches, contrairement à plusieurs élèves qui trouvaient l’adaptation confinement naturellement difficile, l’enseignante a mentionné en Google Meet devant toute la classe combien la jeune se retrouvait le bourreau de travail de la classe…La petite a été plutôt déstabilisée par ce propos qui semblait souligner combien, encore une fois, elle était différente des autres… Autrement dit: «Comment oses-tu être fière? Ne vois-tu pas que tu es encore différente?» Nous avons dû travailler le dégagement de l’enfant et sa flexibilité cognitive afin de replacer ces propos dans une perspective plus neutre et leurs donner moins d’emprise négative. Par ailleurs, une autre situation vaut la peine d’être mentionnée. Une autre jeune cliente qui en temps de confinement et de télétravail a aussi réussi à dépasser une hyperactivité impressionnante en classe, me disait que lorsqu’elle reviendra en classe, elle redeviendrait impatiente, hyperactive et «tannante». Devant ma curiosité face à ses propos, elle me précisa d’une part que le rythme de fou de la maisonnée reprendrait et d’autre part que tous à l’école la connaissent comme l’hyperactive tannante. C’est elle. Elle à l’école…Elle ne pourrait arriver avec une autre façon d’être me raconta-t-elle. Comment les autres, la reconnaîtraient-ils? On voit ici l’importance du regard du milieu et des personnes en position d’autorité dans le soutien à l’apprivoisement du TDA/H.

2.Frontières interpersonnelles. Savoir ajuster ses frontières est un objectif de notre approche. Le télétravail, concrétise cette notion par les réglages de contact qu’il permet. De plus, l’écran paraît être un élément protecteur pour la personne affectée de TDA/H qui ressent souvent une certaine ambivalence face la relation. Ainsi, il y a ce bouton caméra qu’on peut choisir d’ouvrir ou de fermer. Il y a le bouton volume, celui largeur d’écran. Tous ces éléments permettent un contrôle sur la proximité du contact avec l’autre. Il y a aussi le travail qu’on a à faire l’un et l’autre pour favoriser le lien. «Peux-tu te mettre un peu plus proche? Changer la caméra d’angle une peu. Je ne te vois pas. Je vois ton jeu, mais pas toi et pour mieux comprendre ce qui se passe pour toi j’ai besoin de voir ton visage.» L’écran facilite aussi le travail de flexibilité cognitive. « Si nos perceptions sont différentes, c’est peut-être dû au filtre que l’écran amène »… Ne sentant pas son intégrité psychologique menacée, le jeune peut sortir du schème tout blanc- tout noir et s’ouvrir à la notion de perceptions.

Flexibilité cognitive. Les personnes affectées d’un TDA/H, ont des frontières interpersonnelles très souples. Bien qu’il y ait plusieurs avantages associés à cette souplesse, elle peut aussi entraîner une perception de mouvement perpétuel par rapport à ce qui est central pour structurer les choses, une perte de sentiment de contrôle personnel et en réactivité, une certaine rigidité cognitive (Dulude, 2014, 2020). L’estime de soi du jeune TDA/H étant aussi souvent fragile, il peut facilement avoir l’impression d’être jugé et ressentir un sentiment de honte lorsqu’il se trouve confronté à une perspective différente de la sienne. L’écran, de par sa composante physique même, permet d’aborder cette différence de perception qui peut exister entre deux individus de façon tout à fait saine, et sans que personne ne soit en tords. Il permet d’agir sur la flexibilité cognitive plus facilement. L’écran filtre ce que l’on perçoit. Si nos perceptions sont différentes c’est peut-être dû au filtre que l’écran amène… Ni l’un, ni l’autre n’a tords, le filtre est différent…Le jeune arrive plus facilement à sortir du schème de pensée tout blanc-tout noir parce que l’écran permet d’ouvrir une réflexion sur cet aspect des perceptions sans que le jeune ne sente son intégrité psychologique, son estime de lui-même menacé. L’impression de jugement ne se déclenche pas, ou est rétabli plus vite. Le sentiment de honte ne s’active pas ou se régule plus vite. Puis, graduellement, on peut faire le parallèle avec toute communication entre deux personnes dans la vraie vie. On avance, on chemine…sur la voie de l’individuation-relationnelle, tâche centrale du travail thérapeutique de notre approche où le TDA/H est abordé dans une perspective développementale.

3.Pouvoir personnel. Le télétravail exige une participation active à ce qui se passe dans l’ici-maintenant. « Peux-tu te mettre un peu plus proche? Changer la caméra d’angle? » En présentiel, je prenais un rôle plutôt actif pour ramener l’enfant dispersé. N’ayant pas ce pouvoir en télétravail, je sollicite davantage ses capacités à choisir d’être présent. C’est bénéfique. Me taire, attendre que l’enfant se demande où je suis et formuler que je suis présente, que c’est lui qui est parti. Graduellement, l’enfant réalise qu’il a le pouvoir de rester centré, de le redevenir… Cette conscientisation se répète plusieurs fois par session.

4.Émotions. Les individus affectés de TDA/H sont particulièrement sensibles. Cet éveil sensoriel peut être un atout mais les émotions -les leurs ou celles de l’autre- peuvent aussi venir les envahir et ils n’ont alors plus accès à leurs ressources de régulation affective. Ils «partent dans la lune», ont la bougeotte, se lèvent, explorent un peu partout. Le contact premier avec les personnes affectées de TDA/H passe souvent mieux par le non-verbal (Dulude, 2014), la télé-thérapie, nous permet facilement d’utiliser ce mode de communication. On traite de quelque chose d’agitant et l’enfant ferme la caméra vidéo mais non le son: « Oh? Tu es parti? Qu’est-ce qui se passe? Tu n’aimes pas ce dont on parle?… Es-tu là? « … Et puis tout à coup qu’est-ce qu’on ne voit pas apparaître dans la fenêtre de clavardage…Un émoticône qui nous tire la langue. On peut répondre en mots par un reflet, ou en langage non-verbal, par un émoticône surpris, un autocollant ou encore un fichier GIF présentant une petite tortue qui nage tranquillement et accompagner cela d’une interprétation clinique: « On y va tranquillement, c’est vrai que ce n’est pas facile de parler de XYZ sujets ». L’atmosphère redevient ludique, le jeune s’apaise. On peut rétablir le lien et poursuivre la thérapie par le jeu.

L’intervenant peut aussi modeler concrètement la régulation des frontières en fermant, lors de grandes désorganisations, la vidéo tout en continuant à garder le lien par la parole ou le clavardage. Fermeture de l’écran vidéo: impact de surprise interrompant l’escalade affective.  L’enfant se demande ce qui se passe. C’est l’opportunité d’expliquer la différence entre le monde intérieur des émotions et les agirs impulsifs… »Comme ici, si j’avais gardé la caméra ouverte alors que tu commençais à lancer des objets vers l’écran et que tu avais cassé l’écran, on n’aurait plus eu de moyens de communiquer… Alors que là, je vais te demander de me mettre en images GIF, émoticônes, autocollants…ce que m’exprimaient tes objets que tu étais à me lancer…ou encore de me dire ce que tu voulais me dire par cela? » Peu à peu on se rapproche de l’expression verbale du vécu… De plus, la pause écran permet d’accompagner l’enfant sur le pouvoir qu’il détient «dans la vraie vie» à travers la visualisation pour se protéger émotivement quand il sent une agitation intérieure trop grande monter. «C’est un peu comme dans la vrai vie: on peut prendre une petite distance quand quelque chose ne nous plaît pas, ou nous agite trop. S’imaginer fermer la vidéo de l’écran. Prendre une petite pause. En parler un peu à quelqu’un de confiance puis revenir.»

La danse des émoticônes est aussi bien utile. Je t’envoie un émoticône sur ce que je pense que tu vis, tu m’en renvois une pour ajuster ma compréhension, ou tu me fais un  «Thumb’s up»…Puis on commence à mettre des mots. Un premier pas vers le décodage des émotions, et l’utilisation constructive de celles-ci…Ce travail «verbal, non-verbal, dosage des frontières», semble permettre de ramener l’enfant en mode plus linéaire et favoriser le processus d’intégration émotion-cognition-choix comportemental si important pour la clientèle TDA/H.

Rythme personnel et système nerveux: Comme nous abordons le TDA/H sous un angle neurodévelopmental, nous soutenons la relance du processus maturationnel et la résolution de tâches dévelopmentales pour transformer ce profil TDA/H en un atout. Pour aider le patient à apprendre à tirer profit de son profil de personnalité,nous encourageons l’intégration de trucs concrets dans l’immédiat pour passer à travers la journée, du travail en profondeur pour permettre des changements durables et le soin au système nerveux pour ancrer le travail psychothérapeutique dans un terrain fertile au niveau physique (Dulude, 2020). Un style de vie en accord avec le rythme et les besoins personnels favorise cette santé du système nerveux et ce terrain physique favorable au succès thérapeutique.

Chez les familles étudiées, on rapporte que confinement et télétravail ont permis un meilleur respect du rythme biologique des jeunes (sommeil, repos) et une diminution du stress parental. Sans voyagement, on avait plus de temps pour répondre aux besoins de bien-être personnels et familiaux plutôt que d’être limité, par la course contre la montre, aux besoins primaires. On avait plus de temps pour préparer le repas du soir,  partager des moments de plaisir à la fin d’une journée ou encore celui de faire quelques étirements… Comme les personnes affectées de TDA/H ont des frontières interpersonnelles plutôt perméables, la diminution de stress ressenti par notre échantillon de parents aurait pu contribuer à la mise en place de conditions favorables à la relance du processus maturationnel du système nerveux des patients. Pour ces familles, la réorganisation du quotidien a été positive, ce qui a sans doute contribué aux évolutions positives constatées chez leurs enfants. Il aurait pu en être tout autrement dans des familles où cette reconfiguration du quotidien, aurait généré un stress accru chez les parents. L’efficacité du télétravail pour les jeunes TDA/H de ces familles relève de plusieurs facteurs auxquelles nous devrons réfléchir afin de bien comprendre les mécanismes en jeu. Enfin, plusieurs parents ont été surpris de voir l’enfant s’adapter avec facilité à la nouvelle réalité. «Leurs enfants pourraient-ils tout simplement mieux fonctionner dans de tels contextes d’apprentissage? Et si oui peut-être pourraient-ils très bien réussir leur future vie d’adultes?… Sachant surtout que tout devient plus virtuel!» L’espoir a remplacé le prisme du handicap permanent, et entraîné un regard de soi amélioré du jeune.

Nos autres clientèles. Enfants, familles et couples. De façon générale, nous avons pu constater pour tous nos clients qu’en ayant recours à la créativité de chacun, nous pouvions ensemble, en télé-pratique, créer un espace thérapeutique individualisé et bien adapté aux besoins de chaque client. Nous avons aussi réalisé que la télé-thérapie nous donnait accès à des informations que nous n’aurions pas eu aussi facilement en présentiel et qui pouvaient enrichir notre compréhension du vécu de nos clients et ainsi nous permettre de mieux les aider. Par exemple, le choix du client quant à la pièce où nous rencontrer, parle. Tout comme sa décision de rendre flou ou non l’arrière-plan. Cet arrière-plan était-il toujours accessible et aujourd’hui il est fermé? Bien sûr, on se rappelle de ne pas tout interpréter, mais parfois, à travers les choix des clients on a accès à tout un monde symbolique qui nous permet de mieux les soutenir pour faire sens de leur vécu afin de poser des choix plus heureux…Par ailleurs, lors de thérapies conjugales, nous avons pu être témoin des interruptions naturelles de la bulle d’intimité conjugale par la vie familiale et nous avons surtout pu observer la façon des conjoints de composer avec celles-ci. Nous avons ainsi pu accompagner les partenaires de façon beaucoup plus pointue dans la façon de tenir compte des besoins de la famille tout en protégeant leur bulle conjugale. Le fait d’être témoin, in vivo, de la difficulté d’un parent anxieux à respecter l’espace confidentiel d’un enfant en thérapie et des moyens pris pour nous joindre indirectement, nous a aussi permis d’approfondir le malaise affectif ressenti par le parent, d’aborder concrètement le défi des frontières dans la famille, de valider le malaise de l’enfant et de soutenir tout le monde pour vers une clarification saine des frontières dans la famille, enjeux centrale à la problématique affective et relationnelle à ce moment traitée. En présentiel, nous aurions éventuellement eu accès à cette dynamique peu aidante pour le dépassement de la problématique rencontrée, mais en télé-thérapie nous y avons eu accès très rapidement de par ce mode même de travail.   Enfin, plusieurs clients ont souligné le précieux temps gagné par l’utilisation du télétravail et ont même demandé si en périodes de surcharge ils ne pourraient pas plutôt utiliser ce mode de communication pour leur thérapie.

Conclusion

La Pandémie nous a mené à la télé-pratique. Nous avons réussi, avec une curiosité positive et dans le lien aux clients, à créer, tout comme en présentiel, l’espace thérapeutique pour les aider à cheminer. Ceci confirme l’importance de la relation et de l’alliance thérapeutique dans la psychothérapie et valide l’importance de la créativité comme facteur favorisant cette alliance et la création de l’espace thérapeutique (Grégoire, 2019; Provencher, 2013). Face à ce nouvel espace d’interaction, il y a naturellement des éléments dérangeant à apprivoiser: l’angle de la caméra, la distance, les moments où l’image peut figer, le son arrêter. Ce n’est pas spontanément facile, ni naturel comme peut l’être le travail en présentiel tant de fois investi, mais en s’intéressant à ce nouveau mode de communication et en demeurant à l’écoute du client, cet espace nous permet de poursuivre notre travail d’accompagnement vers un mieux être auprès de tous nos clients et aussi d’accueillir de nouvelles personnes en recherche de soutien. Ces observations sont rassurantes dans le contexte actuel d’incertitudes lié à la pandémie.

Notre expérience nous a aussi permis de constater, non sans surprise, que la télé-thérapie pouvait s’avérer particulièrement efficace pour nos « jeunes TDA/H« . Ces résultats paraissent attribuables à un ensemble de facteurs soit, la concrétisation à travers l’écran des sphères de travail investies, l’appréciation de la pause confinement par les familles étudiées et, la possibilité que l’adrénaline, un neurotransmetteur psychostimulant sécrété naturellement en contexte d’urgence (Hallowell, 2011), ait favorisé l’attention et l’organisation des jeunes TDA/H en contexte Covid-19. Il faudra poursuivre nos observations et réflexions sur le sujet afin de pouvoir les nuancer ou les valider. Ces résultats questionnent néanmoins la perspective du TDA/H comme handicap permanent et le rôle possible de la société dans l’entretien de cette perspective plutôt que comme profil de personnalité à apprivoiser.  Ils  soulignent aussi l’importance de réfléchir aux moyens de favoriser le maintien des acquis/progrès lorsque le contexte social sera revenu à la « normal » et le rythme habituel du quotidien aura repris son cours… Se permettre un rythme différent?   Revoir notre façon d’aborder nos jeunes TDA/H afin de protéger le nouveau regard de soi positif et capable que le confinement et le télétravail aura favorisé chez certains d’entre eux?

En résumé, nos observations sur l’efficacité du télétravail indiquent de nouvelles avenues de travail à considérer. Elles sont rassurantes dans le contexte actuel de la pandémie. Après cette expérience, nous ajouterons la télé-thérapie aux services que nous offrons.

Bibliographie:

Anderson, S. A. et Sabatelli, R. M. (1990). Differentiating differentiation and individuation: Conceptual and operation challenges. American Journal of Family Therapy, 18(1), 32–50. https://doi.org/10.1080/01926189008250790

Bowen, M. (1978). Family Therapy in Clinical Practice. New York: Jason Aronson.

Dobb s, D. (2011). Beautiful Brains: The New Science of the Teenage Brain. National Geographic, Octobre 2011, 37-59.

Donnon T. & Lemay, J-F (2003). Resiliency for Life Workshop : Assessing Developmental Strengths.Understanding Child, Adolescent and Family Resiliency. Calgary, Alberta: Resiliency Canada. [communication orale]. 29e congrès (mars 2004) de l’AQETA, Montréal, Québec, Canada.

Dulude, D. (2014). Le TDA/H: une force à reéquilibrer. le trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité. Montréal, Québec: Éditions du CRAM.

Dulude, D. (2020). Pompon Radar, Tirer profit de son profil de personnalité TDA/H. Montréal, Québec: Éditions Mile-O.

Grégoire, A. (2019). Penser la relation thérapeutique pour mieux panser: l’histoire d’une rencontre en pédopsychiatrie. Médecine humaine et pathologie. 2019. ‌dumas-02274563‌ Repéré à https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-02274563/document

Hallowell, N. (2018). Adrenaline, Nature’s Own Ritalin. Developmental Ressources, Febuary 2018. Repéré à https://developmentalresources.wordpress.com/2018/02/05/adrenaline-natures-own-ritalin-dr-ned-hallowell/

Laroche-Provencher (2013) La créativité relationnelle du thérapeute et ses retombées en psychothérapie individuelle adulte. Étude qualitative auprès de psychologues d’expérience. Savoirs UdeS. Repéré à https://savoirs.usherbrooke.ca/handle/11143/6464

Mahler, Pine et Bergman (1975) The Psychological Birth of Human Infant: Symbiosis and Individuation, New York: Bases Books

Masson, S. (2013). Neuroéducation et trouble d’apprentissage. [communication orale]. 38e congrès de l’AQETA, Montréal, Québec, Canada.

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Shore, A.N. (2008). La régulation affective et la réparation du soi. Montréal, Québec: Éditions du CIG.

 

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